La question de la posture du leader interroge sur les compétences mais surtout sur les savoir-être qu’il est important de développer. Et maintenant que la conscience qu’une transition majeure est en cours, et que de nouvelles formes d’organisation émergent, il est intéressant de regarder comment cela impact le rôle et quel chemin nous pouvons faire pour développer en nous cette dimension. 

 

Leader un poste d’avenir ?  

Est-ce que vous savez que bientôt les entreprises n’auront plus besoin de manager?
Je ne parle pas de l’effondrement du monde, j’ai trop de respect pour la question pour me garder d’en parler alors que je ne suis pas spécialiste.
Ma spécialité, c’est la question de l’efficacité des groupes et en particulier en entreprise. Cela fait 30 ans que je les accompagne dans différents contextes et domaines d’activité. Et cela fait 30 ans que je réponds à cette question de la posture du manager et que jamais je n’ai pu répondre la même chose. Non pas que je sois si versatile. Mais en fait, j’ai évolué. Parce que le monde a évolué. Et que ma position d’observateur externe m’a donné l’occasion d’observer, j’espère avec un peu de discernement beaucoup d’évolutions et de vérités très relatives.
On ne parle pas de la même chose selon l’endroit et l’époque où l’on se trouve.
Il n’y a pas une posture de leader, mais des choix plus ou moins conscients et adaptés à un contexte.
  

Une identité de leader qui évolue. 

Cela fait maintenant 15 ans que je suis Coach et Facilitateur de coopération.
J’ai vu comment évoluait la demande des entreprises concernant le fonctionnement des équipes et donc le rôle et la posture du manager.
J’ai vu comment on est passé d’un management centré sur les objectifs et la productivité, avec une posture autoritaire et responsabilisante (le manager comme responsable de son équipe) à des préoccupations sur le bien-être au travail, la qualité de vie, la performance collective. On a vu, dans les années 2000 comment à force de demander beaucoup aux équipes, on les fragilise et parfois on crée des drames. J’en ai vu. J’ai vu ensuite apparaitre les démarches de prévention des risques psycho-sociaux puis la question de la qualité de vie au travail.
Et maintenant, la nouvelle nouveauté est à la mise en place d’organisations dans lesquelles il pourrait ne plus y avoir de chef. Tellement on a pu observer que le manager pouvait être nocif ou qu’il pouvait s’épuiser à vouloir concilier l’inconciliable. Tellement on est à la recherche d’autre chose.
Et donc certains, à travers le monde – ils ne sont pas encore très nombreux, mais ils le sont de plus en plus – ont commencé faire des expériences d’auto-gouvernance, d’entreprises libérées… de leur manager justement.
Cela interroge clairement la posture du chef, en plus de la structure de l’organisation, c’est lié.
Seule une vision systémique permet de clarifier les rôles avec suffisamment de pertinence.
 

Un management indispensable
Dans les accompagnements que je mène depuis quelques années, je vois comment il est important de bien re-situer les choses et de relativiser. Il y a toujours beaucoup de méconnaissances autour de ces questions d’organisation et de rôles nouveaux.
La vérité est que les équipes ne sont pas prêtes à se passer des managers et que les managers ne veulent pas lâcher le morceau. Et ils ont raison. La plupart du temps ils ne sont pas prêts à ça pour l’instant.
En attendant, on peut inviter les managers à adapter dès à présent des postures et des pratiques qui, déjà, seront celles qui amèneront les équipes à prendre de plus en plus d’autonomie et à s’épanouir davantage. Et cela passe par des logiques plus participatives, une vision des résultats plus large que la seule réussite financière ou commerciale. Le bien-vivre, l’épanouissement, la capacité à coopérer et à créer des communautés viennent élargir l’éventail des attentes et des objectifs, pour des conditions de travail réellement plus épanouissantes.
Des leaders oui, mais des leaders épanouissants, conscients, écologiques. Des leaders éclairés.

Un chemin d’évolution personnelle
En fait ce sont les générations actuelles et les gens qui ont fait le chemin à travers tous les niveaux d’expérience que nous offre de faire le monde économique qui deviennent alors naturellement des leaders éclairés. Ce chemin, largement décrit par des modèles comme la Spirale Dynamique de Grave, se fait par étapes, comme autant de prises de conscience fondamentale d’un individu mais aussi d’une société toute entière.
1 Se positionner indépendamment
2 Créer son cadre et sa « vérité »,
3 Rationnaliser son activité et en tirer du profit
4 Se mettre en lien avec une communauté plus grande que soi et la faire grandir.
Et si ce chemin est toujours à refaire, comme dans la pyramide de Maslow, il est important d’en prendre conscience et de savoir à quel endroit notre Spirale doit être nourrie pour permettre aux niveaux les plus élevés de se manifester dans le monde. Individuellement, les hommes et les femmes qui auront le plus avancés sur ce chemin sont déjà des leaders naturels. Ils seront encore plus les leaders de demain.
 

S’inspirer des nouvelles pratiques organisationnelles 

Auto-gouvernance, raison d’être évolutive et plénitude en sont les grands principes, comme l’a très bien souligné Frédéric Laloux dans son livre-référence. Cela consiste à créer des organisations pouvant aller jusqu’à l’auto-gestion (sans chef hiérarchique), dont la raison d’être évolue de manière naturelle en fonction des relations de la structure avec l’environnement.
Ce sont des organisations, qui, si elles ne sont pas une cible pour la plupart des entreprises actuelles, n’en sont pas moins des indicateurs d’une tendance vers laquelle le monde avance. Et en cela, elles nous indiquent sur quoi il est intéressant de porter notre attention et nos intentions afin de se préparer au mieux à cette transition.
Pour ma part, ma religion est faite à ce sujet. Les équipes gagnent toujours à être plus efficientes en prenant en compte leur environnement. Cela donne le sens que beaucoup recherchent et cela crée nécessairement un monde plus durable.
Et pour arriver à ce résultat, cela demande aux individus et donc aux leaders qui les guident de faire le même travail sur soi que la plupart des chemins de développement personnel et spirituel nous invite à faire. C’est ce que montre très bien la Spirale Dynamique : au delà d’un premier niveau d’existence, l’homme franchi un niveau spirituel qui est le même que celui décrit en substance par tous les enseignants spirituels et les grandes religions.

Devenir leader est un chemin spirituel
On voit aujourd’hui qu’une transition est en cours. Il n’est plus guère soutenable d’espérer que notre monde va continuer tel quel encore bien longtemps. Un changement s’impose du fait des contraintes écologiques, énergétiques, économiques, sociales, que nous rencontrons.
Certains parlent d’effondrement, d’autres de transition. Pour certains il est déjà trop tard alors que d’autres semblent ne pas réagir et continuent comme avant. Certains veulent faire peur pour réveiller les consciences, d’autres se bercent encore de l’illusion qu’une transition douce sera possible. Personnellement, je ne sais pas quel sera le chemin. Tout ce que je sais est que mon chemin sera celui que je me serai créé. Alors je reste positif, lucide, mais plein d’espérance et de foi en l’homme. Je crois que la planète n’est pas à sauver. Elle est bien assez puissante pour savoir se débrouiller toute seule. En revanche, l’humanité n’a pas du tout le même potentiel et pourrait bien courir à sa perte.
Et si l’on écoute les plus sages, les grands mystiques, les vieux chamans, les guides spirituels et les plus inspirés des philosophes, ce sont des progrès en humanité que nous avons surtout à faire.
Les questions sont d’apprendre à cohabiter sur une planète aux ressources limitées, de donner à chacun sa place, de lutter contre les inégalités pour éviter des guerres et des conflits de territoire, de devenir des êtres  véritablement bons et généreux et non plus seulement des profiteurs et égoïstes.
 
Alors si c’est bien là le sens de l’histoire, si nous devons apprendre à fonctionner autrement dans le monde global, c’est particulièrement vrai dans le monde de nos entreprises.  
Et donc cela vient impacter le rôle et la posture de nos leaders.  

Concrètement, qu’est-ce qu’un leader?
C’est quelqu’un qui entraîne, qui prend une responsabilité et s’engage pour en assumer les devoirs. C’est quelqu’un qui va faire autorité, c’est à dire, qui va être auteur d’une intention et de sa concrétisation. Ce n’est pas quelqu’un que l’on suit parce qu’il le réclame, c’est quelqu’un que l’on suit parce qu’on lui reconnait sa place et ses prérogatives, comme lors d’une élection sans candidat, par exemple. En regardant ce que les pratiques nouvelles inspirées de la sociocratie propose, on peut faire une liste des compétences importantes que doit développer le leader en phase avec cette transition. (Je détaillerai cela dans un prochain article).

  • Vision claire, évolutive et écologique
  • Autonomie, responsabilité, souveraineté
  • Clarifier les contrats
  • Tenir le processus dont on a la charge
  • Faciliter l’activité collective et en particulier la prise de décision
  • Prendre soin de soi en harmonie avec les autres, gérer les tensions

Un savoir-être avant tout
Ce qui fait un bon leader est sa présence, son écoute, sa capacité à mobiliser et à accompagner son équipe pour lui permettre donner le meilleur d’elle-même.
Ce n’est pas celui qui prend la décision à la place de tous. Il consulte et délègue.
Ce n’est pas celui qui détient le savoir (il y a plus de connaissance et de compétence sur le terrain, parfois) Ne pas confondre rôle d’expert et rôle de manager.
C’est celui qui permet à chacun de devenir meilleur et non celui qui cherche à se montrer comme étant meilleur que les autres : posture d’humilité
C’est celui qui sait faciliter le travail de son équipe. Il maitrise les processus.
C’est davantage un jardinier qui fait pousser de belles plantes en veillant à la lumière et à l’arrosage.
C’est un chef d’orchestre, pas le premier violon, ni le compositeur de l’oeuvre.
C’est un coach parfois qui sait soutenir chacun face aux difficultés et qui sait comment surmonter les surmonter.
Et si cette liste donne une idée de mouton à 5 pattes, il faut se rappeler que si chacun tend vers cela, en conscience, c’est déjà beaucoup. Dans sa volonté d’être exemplaire, le leader se doit surtout de l’être dans sa capacité à reconnaitre ses limites et sa propension à apprendre de ses erreurs. C’est déjà énorme.

Comment peut-on apprendre à devenir leader ?
Quelques méthodes pour animer des réunions, créer un cadre protecteur et valorisant, pour communiquer plus efficacement, des éléments de gestion de projet, de reporting et de gestion administrative et financière. Des éléments de RH aussi.
Mais ce ne sont que des outils. Cela ne fait pas une posture de manager.

Alors qu’est-ce qui fait la posture du leader ?
En vrai, c’est son énergie, son niveau de conscience, son alignement et sa vulnérabilité assumée et son impeccabilité.
C’est son ancrage dans la réalité du moment et sa capacité à lâcher-prise tout en maintenant une intention positive.
C’est sa capacité à relativiser, à discerner, à prendre du recul et à connaitre ses limites et sa subjectivité et à l’assumer.
Biensûr, si par nature il est empathique, bienveillance vis-à-vis de l’autre, sans jugement, c’est parfait.
Et en fait, le secret, c’est que c’est comme ça que nous sommes tous au fond de nous. Mais c’est ça que nous avons du mal à assumer et à exprimer pleinement. Ca a l’air trop peu rationnel, pas sérieux ou pas adapté à notre monde. Et c’est vrai. Ca ne l’est pas à bien des endroits. Mais ça change. Et c’est ça qu’il faut que nous changions.
C’est notre mission à nous, la génération confrontée à la fin d’un système.
C’est ça le challenge et l’entreprise n’y échappe pas, bien au contraire, c’est un lieu parfait pour ça. Ou en tout cas, il n’y a pas de raison que l’entreprise échappe à se mouvement.

Laisser vivre ses émotions
Cette année, le mot d’ordre du forum de l’entrepreneuriat est :
laissez vivre vos émotions elles sont votre force.
Je suis partagé par rapport à cette affirmation.
Ce que je partage est qu’il est certain que la libre expression de sa réalité sensible donne de la puissance. Si je suis fermé, si je fais semblant, si je me mets trop de pression ou d’injonctions à respecter alors je ne serai jamais dans ma puissance. Ce qui indique la puissance,  si je reprend les mots de l’Analyse Transactionnelle par exemple, c’est l’équilibre entre permission et protection. Des permissions pour oser être soi-même, des protections pour offrir un cadre protecteur et se ménager de bonnes conditions pour réussir. Ce n’est pas de laisser toute la place à son parent critique et ses injonctions limitantes : sois parfait, ne te mets pas en colère…
Un homme qui s’autorise à exprimer sa vulnérabilité sera beaucoup plus puissant que celui qui se cachera derrière le masque d’un rôle. Aujourd’hui l’offre pour apprendre à reconnaitre sa part féminine/masculine et travailler sur cette unité intérieure se développe et est bien mieux accepter par les jeunes générations qu’auparavant. Le monde évolue, ouf.

Là où je suis moins à l’aise avec cette affirmation c’est dans l’emploi du terme d’émotions et les dérives que l’on voit souvent apparaitre dans les excès à cet endroit-là. L’émotion est toujours juste, mais l’émotivité est à éviter.
Quelle est la nuance entre émotion et émotivité?
L’émotion vient d’un ressenti corporel. Celui-ci est généré par une combinaison d’hormones et se traduit à travers des sensations physiques.
Elle provient d’une évaluation rapide que nous faisons entre le réel et notre idée à propos de celui-ci. Si il pleut et que j’attends la pluie, alors je suis content. Si cela contrarie mes attentes, alors la sensation sera différente.
Ce que montre nos émotions c’est comment nous réagissons au monde à travers le filtre de nos croyances, de nos attentes et de nos pensées. C’est un phénomène très lié à notre vie mentale. Ainsi, c’est parfois le reflet d’attentes insatisfaites, de préjugés, de volonté de pouvoir sur les choses et les gens, d’un manque d’ouverture, de tolérance, etc.
Travailler à apaiser son mental comme nous encourage à le faire la méditation, la pleine conscience ou encore le yoga, c’est voir son monde émotionnel s’apaiser d’autant. Dans la paix de l’esprit, les émotions sont moins vives, surtout les émotions négatives. Et c’est une très bonne chose.
Le libre arbitre c’est parler avec le coeur. Pas dans les cadres mentaux de notre histoire.

Alors comment faire pour concilier les deux tendances et reconnaitre ce que je dois exprimer ou non? La réponse est simple : être authentique.
Si mon mental me joue des tours et que je me mets en colère ou que je suis déçu ou déprimé au lieu de voir le bon côté des choses, et bien c’est ainsi. Pour l’instant.
Alors soit je l’accepte, je le traverse et je passe à autre chose. Soit je fais semblant.
Cela ne veut pas dire se complaire dans ce schéma émotionnel, cela veut dire que plus tard, il sera possible de voir en quoi je suis touché et si cela me va de rester dans ce schéma émotionnel ou si je veux en sortir en cultivant recul et détachement.
Ce qui ne marche pas, c’est de ressentir de la colère et de faire semblant d’être cool. Cela ne trompe pas grand monde, sinon nous même parfois. Et on ne grandit jamais de ce jeu de dupe. Et notre environnement ne nous « sentira » pas vrai, donc pas très crédible. Ce qui revient à obtenir l’inverse de ce que l’on recherchait.

Comment est-ce que cela s’apprend ?
La bonne nouvelle, c’est que le quotidien nous offre toutes les occasions d’apprendre à être de plus en plus, de mieux en mieux nous même.
Mais pour le voir et en faire pleinement l’expérience, il est nécessaire à un moment de se faire accompagner. Cela permet de passer certains caps que l’on ne peut pas passer seul.
Si ça vous intéresse, on en parle après.

Si vous souhaitez que je vous accompagne sur ce chemin :
Je le fais auprès des entreprises et des équipes à travers mon offre d’accompagnement systémique.
Je le fais aussi individuellement à travers mon offre de coaching pour les dirigeants et les équipes et de supervision pour les coachs et les consultants.
Enfin, je suis également en train de préparer une nouvelle offre de formation. Vous en trouverez le détail sur mon site à partir de janvier 2020.

A bientôt.

 Pour aller plus loin :

 L’entreprise libérée permet-elle d’abolir la hiérarchie ?