Une raison d’être innovante

Appart & Sens est jeune agence immobilière agréée ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale). Sa vocation est de favoriser le rapprochement entre des propriétaires qui ont envie de donner un coup de main à des locataires qui ne trouvent pas facilement à se loger sur le marché habituel. Trop riche pour bénéficier d’un logement social, trop atypique pour le parc privé, ils sont entrepreneurs, intermittent du spectacle, parent isolé… et ils galèrent pour trouver un logement. Cela a été le cas de Caroline Liby la fondatrice de l’agence. C’est de cette expérience qu’est née l’idée de cette agence d’un genre nouveau. Et cela a été mon cas également lors de mon arrivée à Lyon en 2018.

Un fort besoin de cohérence

Afin d’être cohérent avec ses valeurs et son engagement ESUS, l’agence a souhaité se munir d’une instance permettant aux actionnaires de ne pas décider de tout sans prendre l’avis des parties prenantes. L’idée était d’asseoir autour de la même table des propriétaires, des locataires, des investisseurs et quelques uns des partenaires de l’agence. Mais comment faire. Nul autre agence n’a jamais fait ça. Il s’agit d’une innovation assez révolutionnaire.

Le comité reste uniquement consultatif est permet essentiellement de croiser les avis et de faire des recommandations. Il n’est décideur de rien, cette prérogative restant celle des actionnaires uniquement.

La demande d’un accompagnement professionnel

La fondatrice de l’agence se demandait comment faire pour mettre en place ce comité en cohérence avec les valeurs et objectifs de l’agence? Se posaient différentes questions au sujet de la composition, les rôles, les règles du jeu etc. 

La gageure était de préparer le terrain sans prendre trop de décision afin que ce ne soit pas l’agence qui impose un fonctionnement à ses partenaires et laisser le comité libre de leur choix et mode de fonctionnement. La nécessité d’un accompagnement extérieur pour structurer la réflexion, apporter des méthodes de travail et surtout interroger le système de manière neutre et détachée est vite apparue. Ma présence, en tant que locataire logé par l’agence me donnait une double légitimité : expert des processus et locataire investit au sein de ma résidence. Marché conclu.

Des objectifs clairs pour un accompagnement sur mesure

L’objectif de la mission était de soutenir l’agence pour lui permettre de créer de toute pièce ce Comité de Gouvernance inédit. Nous avons ainsi définit les objectifs suivants :

  • Créer un groupe de travail, représentant des dirigeants de l’agence, en l’occurence Caroline la fondatrice et Thierry un associé désigné pour cela, et préparer avec eux la mise en place du comité.
  • Définir la raison d’être du comité en regard de celle du groupe des actionnaires et du groupe des salariés. Préciser le pouvoir de décision et les redevabilités.
  • Interroger les choix de l’agence sur la composition du comité, les modalités de désignation des membres. Mais aussi la possibilité d’un départ ou d’une exclusion.
  • Définir les règles du jeu de départ. Ces règles devaient ensuite pouvoir être définie par le comité lui-même afin de permettre au comité d’être pleinement libre de ses choix et ne subissent pas (trop) l’influence des actionnaires de l’agence.

Ensuite, nous avons du, classiquement, nous interroger sur l’ordre du jour de la première réunion. Il fallait concevoir l’animation, la communication en amont pour que tout le monde soit à l’aise et bien préparé.

Nous avons fait le choix de préparer une première proposition de « constitution » afin de doter le groupe de certaines règles initiales : les règles pour définir les règles. Une de ces règles prévoyait que le comité devrait valider les règles proposées, en définir de nouvelles le cas échéant. Pour être cohérent avec l’ambition, la définition des règles devait se faire de manière collégiale. 

Le jour de la première, il était convenu que j’animerais la réunion avec l’appui de Thierry.

Une co-animation pour faciliter les débats

En terme d’animation, la difficulté était de faire tenir les différentes activités nécessaires à l’atteinte des objectifs en un temps limité de 2h. Sans rien concéder aux nécessités de la création d’une bonne cohésion de groupe (météo du jour, inclusion des nouveaux). Ca prend du temps mais c’est indispensable pour garantir un bon fonctionnement.
Nous avons partiellement réussi à tenir l’horaire. Il nous a fallu 30’ de plus pour palier à certains dérapages (inclusion un peu plus longue, nécessité d’ouvrir le débat sur certains points de constitution…). Notre maitre du temps a eu du travail !

Il a notamment été décidé que cette première réunion serait une réunion zéro. En effet le temps imparti ne nous a pas permis de commencer la réflexion sur les orientations que souhaitait interroger l’agence. Seules les questions de constitution ont pu être traitées ce qui était nécessaire, mais frustrant. Mais cela a aussi été un temps très enrichissant pour les participants qui découvraient, en le vivant, le processus de décision par consentement. Pas si habituel de prendre ses responsabilités avec souveraineté et autonomie dans un tel comité consultatif !

La bonne nouvelle était de constater que le groupe était fortement intéressé par cette expérience. Il réclamait même une suite rapide à ce premier travail de mise en place. Une réunion supplémentaire à donc été programmée quelques semaines après afin de réellement faire démarrer l’activité du comité.

Cette nouvelle réunion a pu également être préparée par la même équipe. Elle a été un beau succès, tant pour l’agence qui obtenait des réponses intéressantes que pour les membres, ravi de participer ainsi à la vie de l’agence.

Une expérience riche d’enseignements

Ce comité vient juste de démarrer. Il va falloir un peu de temps pour dire qu’il a trouvé son fonctionnement et sa stabilité. Mais déjà, le démarrage est une belle réussite et nous avons tous hâte de la suite. 

On peut déjà tirer de cette expérience quelques enseignements :

  • Faire le pari de la confiance favorise l’engagement des parties prenantes dans une logique de coopération.
  • Créer et faire vivre un collectif de concertation demande une préparation soignée. Cela permet une animation souple pour à la fois tenir le cadre et laisser de la place à chacun et à l’imprévu. 

Si ce type de travail est intéressant, il reste en décalage avec les pratiques communes. Participer de l’intérieur à des organisations de ce type, nous permet d’expérimenter autrement les notions d’autonomie, de responsabilité, d’autorité. Cela nous aide à faire le chemin intérieur nécessaire pour que le monde se transforme. C’est ce qu’ont bien compris les membres du groupe, c’est aussi la raison de leur engagement. Gageons que de cette expérience naitra d’autres expérimentations ailleurs. Il est grand temps de s’y mettre plus largement.

Si vous aussi…

Vous voulez expérimenter ou mettre en pratique, de manière sécurisée et professionnelle, ces principes de gouvernance? 

Rencontrons-nous !