Pour partager des idées nouvelles, il faut des interlocuteurs prêts à s’ouvrir à elles. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Cela dépend de notre rapport à nous-mêmes avant tout. Explorons ici quelques mécanismes qui sous-tendent notre capacité d’ouverture à la nouveauté.

Il y a ceux qui sont ouverts à tout, ils sont curieux et toujours prêts à aller voir les nouveautés. C’est agréable de leur parler d’un truc qui nous tient à cœur car s’ils ne connaissent pas ils vont s’y intéresser parce que c’est nouveau.

Et il y a ceux qui n’aiment pas ce qui est nouveau. Ils commencent par dire non et réfléchissent ensuite, éventuellement. Ils attendent que les nouveautés fassent leurs preuves. Avec eux, on est à peu près sûr de parler dans le vide ou, au mieux, de devoir passer au crible de leur jugement. C’est frustrant.

Il est vrai que l’on ne peut pas non plus passer son temps à explorer de nouveaux chemins et qu’il nous faut bien filtrer l’information qui nous parvient pour ne pas nous laisser envahir. Mais parfois le filtre est mal réglé et ne correspond plus à nos besoins d’aujourd’hui. Ce qui était juste dans notre enfance, ou il y a quelques années ne l’est plus autant aujourd’hui. Nous changeons et le monde change également. Une petite révision de nos croyances peut s’avérer nécessaire. Une discussion nouvelle peut permettre d’en prendre conscience.

Une question de position de vie

Selon notre scénario de vie, nous sommes plus ou moins enclin à accepter de nous mettre en position basse face à celui qui évoque avec nous quelque chose que nous ne connaissons pas. Selon notre propension à avoir ou non une bonne image de nous-même, nous allons réagir plus ou moins confortablement à l’invitation à nous montrer ouvert de peur de paraitre ignorant.

Concrètement, expliquer des choses nouvelles ou différentes à quelqu’un qui n’en a pas idée peut soit créer une attirance sans discernement, soit un rejet critique ou même un déni. La juste position serait d’écouter, de se donner le temps de se renseigner, de creuser la question et de se faire sa propre idée. 

Notre attitude dépend de notre position de vie fondamentale. Si je me sens OK avec moi-même, alors je vais facilement accepter de ne pas savoir et me mettre à écouter l’autre selon que je vais l’estimer lui aussi OK ou non OK. Est-il un interlocuteur fiable? Fait-il autorité? Suis-je capable de me fier à mes propres critères ou dois-je me retrancher derrière l’avis consensuel? Certains vont plutôt chercher à prendre une position haute de peur de se sentir rabaissé. Certains vont rivaliser pour essayer de faire passer leurs proposes convictions à la place de celles de leur interlocuteurs. D’autres encore n’oserons pas formuler un avis de peur de déplaire ou de se montrer vulnérable.

Une juste ouverture

Il est toujours possible d’inviter quelqu’un qui rejète une idée à priori à prendre le temps de se faire une idée en allant voir ce qu’il en est. Cela ne marchera pas toujours mais cela peut déclencher une ouverture. 

Le modèle de l’élément humain de Will Schutz illustre ce chemin d’ouverture à travers nos sentiments d’inclusion et de contrôle. Ce n’est que lorsque je fais pu faire le choix de ma place par rapport aux autres (inclusion) et que j’ai une juste et assumée conscience de ma compétence sur un sujet (contrôle) que je peux me sentir suffisamment en sécurité pour ouvrir à l’autre un accès à mon monde intérieur, ne serait-ce que mes idées personnelles. Si je ne me sens pas accepté à la place que j’aimerais avoir vis-à-vis de l’autre, ou si j’ai quelques complexes sur ma capacité à bien gérer une situation grâce à mes compétences, alors je vais avoir du mal à m’ouvrir car je me sens mal accepté tel que je suis.Dans le doute, je me protège. Alors je vais difficilement prendre le risque de reconnaitre mon ignorance sur ce nouveau sujet.

Insister ou laisser tomber ?

Il y a des moments pour tout et quand ce n’est pas le bon timing, il ne sert à rien d’insister. Ce n’est pas souvent lors de la première rencontre avec une idée que l’on décide de faire sa vie avec. Il y a une marche d’approche, des hésitations, des revirements. Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres illustre parfaitement cette marche vers le centre. On croit y arriver directement et puis on repart en arrière. Et c’est seulement après bien des détours que l’on finit par toucher au but. Il faut parfois avoir été exposé à une idée plusieurs fois avant de pouvoir la prendre en compte. 

Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres

Ne soyons pas impatient ou attaché à ce que d’autres nous comprennent nos idées novatrices. Ce qui compte est de faire ce que l’on croit juste. Et si ceux qui seront prêts à l’entendre viendront vers nous. Les autres mettront plus de temps. Certains préféreront d’autres idées, plus justes à leurs yeux. Cela ne nous enlève rien à nous. Nous ne serons jamais limité à nos idées. L’essentiel est bien plutôt dans notre cœur. Restons ouverts à cela surtout.

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